Qu'est-ce que la reconnaissance en milieu de travail

La reconnaissance représente un besoin fondamental chez tout être humain. Pour plusieurs, les attentes se vivent particulièrement au travail. Peu importe son statut et son type d'emploi, chaque personne (employé et gestionnaire) éprouve le besoin d'être reconnue par ses supérieurs, par ses collègues, par ses clients, etc. Tous souhaitent recevoir une juste appréciation et une reconnaissance de ce qu'ils sont comme individus et travailleurs aptes à s'engager, à investir des efforts, à accomplir leurs tâches de manière compétente et à produire des résultats concrets pour l'organisation.

La reconnaissance en milieu de travail porte ainsi sur un jugement posé sur la contribution du travailleur, tant sur le travail réel accompli et ce qu’il implique que sur l’investissement personnel et l'engagement de celui qui le fait. Elle consiste également à évaluer les résultats de ce travail et à les souligner. En somme, elle s'intéresse à la contribution unique de chaque travailleur et valorise son expertise et son expérience professionnelles (CGSST 2013).

 

Distinction

La reconnaissance est un concept qui est significativement très près de celui de la considération et de la récompense. Il importe donc d'établir une distinction entre ces divers éléments afin de délimiter clairement ce qui relève de la reconnaissance.

  • Indifférence : un lien entre l'individu et l'organisation qui est de type contractuel.
  • Considération : un lien social qui unit un être humain et une organisation. L'employé est perçu comme un être humain pensant et de dignité.
  • Reconnaissance : un lien relationnel qui s'établit entre deux ou plusieurs personnes. La reconnaissance est un retour sur l'effort, sur l'investissement de l'employé dans son travail ainsi que sur les résultats qu'il obtient.
  • Récompense : un échange formalisé, impartial et équitable. En fait, c'est une marque d'appréciation qui prend une forme matérielle ou monétaire et qui est conditionnelle aux résultats.
  • Rémunération : la marque d'intérêt la plus formalisée : une rétribution monétaire régulière.

 

La reconnaissance, facteur de protection et développement

Pour bon nombre d’individus, avoir une identité professionnelle est aussi important qu’avoir une identité civile (un nom et un prénom) ou une identité de genre (être un homme ou une femme).  C’est pour cette raison que le sentiment de reconnaissance au travail est important pour beaucoup d’entre nous.

  •    Lorsqu’elle est faite de manière justifiée, sincère et opportune, la reconnaissance protège la santé mentale. Elle :
  •    permet de construire, préserver, rehausser l’estime que nous avons de nous-mêmes;
  •    nous donne le sentiment d’être apprécié et favorise le développement du bien être professionnel;
  •    nous aide à résister au stress et à surmonter les situations professionnelles difficiles;
  •    facilite les relations professionnelles;
  •    donne un sens au travail et contribue à augmenter notre motivation, notre satisfaction et notre plaisir au travail;
  •    nous donne la force d’entreprendre des projets;
  •    est un moteur pour persévérer dans les buts que nous nous fixons.

 

Quelques chiffres d’un manque de reconnaissance comme facteurs de risque

Selon une étude de Brun et al. (2003), réalisée dans quatre organisations :

  • 67 % des personnes qui disent recevoir peu de reconnaissance au travail vivent une détresse psychologique élevée, comparativement à 33 % chez les individus qui disent recevoir une bonne reconnaissance.
  • Un manque important de reconnaissance au travail multiplie par quatre le risque de vivre une détresse psychologique élevée.

 

Qui peut faire de la reconnaissance?

La reconnaissance peut s’exercer à deux niveaux

  • Dans la relation qui lie un employeur et un travailleur;
  • Dans la relation qui lie un (e) superviseur (e) et un( e) supervisé(e);
  • Dans la relation qui lie des collègues ou des confrères/consœurs de travail;
  • Dans la relation qui lie le travailleur avec les clients, les fournisseurs, consultants ou autres partenaires.

 

Quatre formes de reconnaissance en milieu de travail

Selon la CGSST (2013) et l’association canadienne de la santé mentale (2013), la reconnaissance en milieu de travail peut prendre diverses formes: la parole, l'écrit, l'objet ou le symbole. Ces dernières peuvent être classifiées en quatre grandes catégories.

http://www.opti-soins.com/donnees/media/1/images/Sans%20titre(1).png

1. La reconnaissance existentielle consiste en une reconnaissance de l’individu, ou du groupe de travail, pour ce qu’il est et contribue à votre développement personnel et professionnel.

Elle porte essentiellement sur l'employé en tant qu'être humain distinct possédant une identité et une expertise uniques. Elle se manifeste par des gestes posés au quotidien lors de contacts et d'échanges. Il s'agit d'une forme de reconnaissance accordée d'emblée à chacun pour la simple raison qu'il est un être humain. En vertu de cette reconnaissance, la personne se voit accorder le droit à la parole ainsi que la possibilité d'influencer les décisions organisationnelles.

Quelques exemples :

  • Vos caractéristiques personnelles et vos besoins sont respectés;                                             
  • Vous êtes informé et consulté sur les thématiques liées à la vie de l’entreprise;
  • Vos collaborateurs et collaboratrices sont polis envers vous (bonjour, merci, etc.);
  • Vous avez le soutien de vos pairs (parrainage, mentorat, etc.);
  • Votre travail bénéficie d’une reconnaissance à large échelle (colloque, métier);
  • vous rencontrez des confrères et consœurs lors d’évènements informels (journées d’échange).

2. La reconnaissance de la pratique du travail concerne la manière dont l'employé effectue sa tâche. Elle tient également compte des comportements du travailleur, de ses qualités professionnelles et de ses compétences. Elle porte, entre autres, sur la créativité, l'innovation et l'amélioration continue des méthodes de travail. En bref, cette forme de reconnaissance vise à souligner la manière dont l'employé exécute ses tâches professionnelles au quotidien.

Quelques exemples :

  • Vos collègues vous félicitent spontanément pour votre travail;
  • Vous avez un entretien annuel qui évalue vos performances et/ou votre rendement;
  • Vous recevez un cadeau, un bonus ou un prix qui récompense une performance et/ou un rendement exceptionnel;
  • Vous recevez une lettre ou un courriel de félicitations de la part d’un superviseur.

3. La reconnaissance de l’investissement dans le travail souligne la qualité et l'importance de la participation et des efforts fournis par l'employé dans le but de contribuer au processus de travail. En fait, elle met en évidence la contribution des employés, les risques qu'ils prennent pour mener à terme les projets de l'organisation, et l'énergie qu'ils déploient, et ce, sans égard aux résultats obtenus. Somme toute, elle souligne l'apport des employés au fonctionnement de l'organisation.

Quelques exemples :

  • Vos compétences sont mises en valeur;
  • Votre rôle professionnel est valorisé au sein de votre entreprise;
  • Vous recevez une lettre de remerciement de la part de vos clients concernant la qualité du service;
  • Vous recevez des félicitations lors d’une cérémonie de reconnaissance;
  • On vous confie des tâches délicates ou qui nécessitent un haut niveau d’expertise;

4. La reconnaissance des résultats porte sur les fruits du travail de l'employé. Il s'agit en fait d'un jugement et d'un témoignage de gratitude basés sur l'efficacité, l'utilité et la qualité du travail réalisé par un travailleur ou un groupe d'employés. Il importe de préciser que cette forme de reconnaissance est conditionnelle aux résultats obtenus et qu'elle se manifeste uniquement après que la tâche a été accomplie. Elle se traduit très souvent de façon formelle (remise de prix, bonus, primes, etc.).

Quelques exemples :

  • On reconnaît les efforts que vous déployez pour vous améliorer;
  • On vous encourage à progresser après un échec;
  • On reconnaît votre travail ou vos idées, même si le résultat n’était pas celui escompté;
  • On célèbre votre départ à la retraite.

Soulignons que ces quatre formes de reconnaissance sont complémentaires et interdépendantes. Aucune de ces manifestations de reconnaissance au travail ne devrait être utilisée seule ou être considérée supérieure à une autre. La reconnaissance s'exprime dans les rapports humains et elle se pratique sur une base quotidienne, régulière ou ponctuelle. Elle est, de préférence, personnalisée et spécifique et doit être à l'image de la personne à qui elle s'adresse et porteuse de sens pour celle-ci.

 

De quelle manière la reconnaissance peut-elle être exprimée ou manifestée en milieu de travail?

Les quatre formes de reconnaissance précédemment identifiées peuvent être manifestées par huit sous-catégories soit la reconnaissance formelle, la reconnaissance informelle, la reconnaissance publique, la reconnaissance privée, la reconnaissance monétaire, la reconnaissance non monétaire, la reconnaissance individuelle et  la reconnaissance collective.

 

Les huit critères de qualité

Exprimer ou manifester de la reconnaissance à autrui est un acte simple à la base et empreint d'une bonne intention. Or, pour être efficiente et admissible pour la personne qui reçoit de la reconnaissance, elle doit être appliquée en considérant certains critères de qualité : la sincérité, la réactivité, la proximité hiérarchique, la variabilité, la personnalisation, la légitimité, la spécificité et la cohérence (CGSST 2013). Ces critères font en sorte que la reconnaissance sera appréciée, reçue convenablement et justifiée aux yeux du récepteur. Ils fournissent également certaines balises à celui qui désire exprimer ou manifester de la reconnaissance à un collègue, un supérieur, un client, un fournisseur, etc.

http://www.cgsst.com/stock/fra/img110-23.jpgLa sincérité : L'expression de la reconnaissance doit être authentique et empreinte de franchise et d'honnêteté.

La réactivité : La reconnaissance doit être manifestée après l'accomplissement du travail, l'obtention du résultat ou le comportement, et ce, dans les plus brefs délais.

La proximité hiérarchique : La reconnaissance doit être exprimée par un supérieur de niveau hiérarchique près de celui à qui s'adresse le témoignage de reconnaissance.

La variabilité : Il est primordial d'entretenir une certaine diversité en matière de manifestation ou d'expression de reconnaissance en milieu de travail. Elle doit être exprimée par l'intermédiaire d'un éventail de moyens diversifiés. Les actions nécessitent d'être réinventées constamment, et ce, en fonction de la personnalité et des attentes des employés qui varient selon les circonstances. Il n'est pas nécessaire d'utiliser toutes les formes de reconnaissance, mais il faudra par contre maintenir un équilibre entre les formes de reconnaissance afin de combler les besoins des travailleurs.

La personnalisation : La reconnaissance doit être adaptée aux caractéristiques et aux valeurs propres à un individu ou à un groupe d'employés. Il n’existe peu de pratiques de reconnaissance qui s'adaptent à tous et aucune recette déjà toute faite. Il importe de connaître la personne avant de pouvoir la reconnaître.

La légitimité : Les sources de reconnaissance doivent être significatives et crédibles pour la personne qui en reçoit le témoignage.

La spécificité : La reconnaissance doit être formulée de façon précise afin que la personne à qui s'adresse le témoignage soit apte à comprendre la gratitude exprimée. Le message doit clairement refléter la réalisation, l'effort, le trait de personnalité, l'attitude, ou tout autre élément qui fait l'objet du témoignage et de la considération.

La cohérence : Les pratiques de reconnaissance doivent être en lien avec les objectifs et les priorités de l'organisation. Dans le même ordre d'idées, les discours des membres de l'organisation doivent correspondre à leurs gestes et aux mesures qu'ils adoptent. Les discours et les actions doivent véhiculer le même message.

 

Des conditions facilitantes

La reconnaissance en milieu de travail doit s'inscrire dans la culture, les valeurs et la dynamique de l'organisation. Certaines conditions notamment, quant au contexte organisationnel, au climat de travail et au contexte de gestion contribuent à faciliter la mise en place ou l'instauration de pratiques de gestion et de travail empreintes de reconnaissance.                   

 

Les limites de la reconnaissance

Pour être reconnu, il faut être vu; et pour être vu, il faut pouvoir montrer ce que l’on a accompli comme travail. On veut aussi s’assurer que la personne qui regarde portera un jugement équitable sur notre travail, qu'elle posera un regard juste sur ce qui a vraiment été fait et qu'elle ne réagira pas de manière à mettre en péril le contrat de travail.

Faire connaître et reconnaître son travail n’est pas toujours facile et des facteurs liés à l’organisation du travail peuvent souvent y faire obstacle : notamment, une organisation du travail conçue sur un mode compétitif entraînera une faible confiance entre les collègues et autres personnes du milieu. En conséquence, vous pourrez décider de ne pas exposer votre travail réel pour éviter de faire connaître vos faiblesses, mais aussi pour ne pas risquer de vous faire «voler la vedette».

De plus, si elle n’est pas pratiquée adéquatement et de manière opportune, la reconnaissance peut engendrer des effets pervers comme :

  • La jalousie;
  • Le sentiment d’injustice;
  • L’instauration d’un climat de compétition;
  • L’affaiblissement de la force collective (si la reconnaissance est perçue de façon individuelle)
  • La course à la reconnaissance;
  • Le stress et la crainte pour les employés (es) de se faire évaluer selon des barèmes arbitraires.

Cindy Bouchard
Infirmière B.sc. en Santé et Sécurité au travail

Clinique Médicale Privée Opti-soins

 

 

Références :

Association Canadienne pour la santé mentale - réseau de la santé mentale et travail tiré du site internet http://www.acsm.qc.ca/ACSM_RSMT/pages/facteurs/60_reconnaissance.php#3 le 20 septembre 2013

Brun, Brun, J.-P., & Dugas, N. (2002). La reconnaissance: Une pratique riche de sens. Québec, Canada: Centre d'expertise en gestion des ressources humaines, Gouvernement du Québec.

Chair en gestion de la santé et de la sécurité du travail tiré le 20 septembre 2013 du site internet http://www.cgsst.com/fra/definition/la-reconnaissance-en-milieu-de-travail.asp